Au début d’une relation, le désir semble souvent aller de soi. On pense à l’autre, on cherche les occasions de se retrouver, les gestes sont chargés d’intention et parfois un simple regard suffit à créer une tension sexuelle.
Puis les mois et les années passent.
La vie s’installe, avec ses habitudes, son travail, ses enfants parfois, ses préoccupations, ses responsabilités, ses périodes de fatigue… et le désir peut changer.
Alors une question finit parfois par apparaître :
peut-on retrouver le désir dans son couple comme au premier jour ?
La réponse mérite d’être nuancée, car chercher à retrouver exactement le désir des débuts n’est peut-être pas le véritable objectif. En revanche, il est tout à fait possible de comprendre ce qui a changé et de construire un désir nouveau, adapté au couple que vous êtes aujourd’hui.
Pourquoi le désir semble-t-il si naturel au début d’une relation ?
Les débuts d’une relation réunissent de nombreux ingrédients particulièrement favorables au désir.
L’autre est encore en grande partie à découvrir. On ne connaît pas toutes ses réactions, ses habitudes, son corps ou ses envies.
Il existe de l’attente, de l’incertitude, de la curiosité.
On se prépare pour se voir. On se séduit. On imagine ce qui pourrait se passer lors de la prochaine rencontre.
Et surtout, au début d’une histoire, le couple n’est généralement pas encore confronté à toutes les contraintes qui pourront progressivement s’installer dans son quotidien.
Quelques années plus tard, la personne avec laquelle on partage sa sexualité est aussi celle avec laquelle on organise les courses, les factures, les rendez-vous, les enfants, le ménage ou les problèmes du quotidien.
L’intimité s’est développée.
La sécurité affective aussi.
Mais la sécurité et la familiarité ne produisent pas nécessairement le désir de la même manière que la nouveauté et l’inconnu.
Cela ne signifie pas que quelque chose ne fonctionne plus.
Cela signifie simplement que le contexte a changé.
Pourquoi le désir sexuel diminue-t-il parfois dans le couple ?
Il n’existe pas une seule cause à une baisse de désir.
Le désir sexuel est influencé par une multitude de facteurs qui peuvent se combiner.
La fatigue, le stress, la charge mentale, le manque de sommeil ou certaines périodes professionnelles difficiles peuvent réduire considérablement l’espace disponible pour la sexualité.
Des événements de vie peuvent également intervenir : une grossesse, une naissance, un deuil, une maladie, une période de chômage, un changement corporel ou encore certaines prises médicamenteuses.
Mais il existe également des facteurs directement liés au fonctionnement du couple.
Les conflits non résolus, les ressentiments, le sentiment de ne plus être entendu ou reconnu, une répartition des responsabilités vécue comme injuste ou un éloignement émotionnel peuvent progressivement modifier le désir que l’on ressent pour son ou sa partenaire.
Et parfois, le problème se trouve également dans la sexualité elle-même.
Lorsque les rapports deviennent extrêmement prévisibles, que chacun connaît presque à l’avance le scénario qui va se dérouler ou que la sexualité est principalement centrée sur la pénétration et l’orgasme, l’envie peut progressivement diminuer.
Le corps n’a pas forcément cessé d’être capable de désirer.
Il se peut simplement que ce qui lui est proposé ne l’attire plus suffisamment.
Ne plus désirer son partenaire signifie-t-il qu’on ne l’aime plus ?
C’est l’une des inquiétudes les plus fréquentes lorsque le désir diminue.
« Si je l’aime, je devrais avoir envie de lui ou d’elle. »
Ou, dans l’autre sens :
« S’il ou elle ne me désire plus, c’est certainement qu’il ou elle ne m’aime plus. »
Pourtant, amour et désir ne sont pas synonymes.
On peut profondément aimer quelqu’un, être attaché à cette personne, avoir envie de construire sa vie avec elle et traverser malgré tout une période pendant laquelle le désir sexuel est faible, voire absent.
À l’inverse, nous savons parfaitement qu’il est possible de ressentir du désir pour quelqu’un dont nous ne sommes pas amoureux.
Associer systématiquement la baisse du désir à une baisse des sentiments peut donc créer énormément de souffrance.
Le partenaire qui se sent moins désiré peut chercher des preuves d’amour, se sentir rejeté ou perdre confiance en lui.
Celui qui ressent moins de désir peut, de son côté, culpabiliser et commencer à se forcer.
Et c’est là qu’un cercle particulièrement problématique peut s’installer.
Plus on cherche à retrouver le désir, plus il peut disparaître
« Cela fait longtemps qu’on n’a rien fait. »
« Tu ne me touches plus. »
« Tu n’as jamais envie. »
« Avant, ce n’était pas comme ça. »
Même lorsqu’elles traduisent une véritable souffrance, ces phrases peuvent progressivement transformer la sexualité en obligation.
Chaque geste tendre devient suspect.
Un câlin peut être interprété comme le début potentiel d’un rapport sexuel.
Un baiser peut provoquer immédiatement cette pensée : Est-ce qu’il ou elle va vouloir aller plus loin ?
Certaines personnes commencent alors à éviter les contacts physiques pour ne pas avoir à refuser ensuite.
Et plus les contacts disparaissent, plus la distance s’installe.
Le désir supporte assez mal l’obligation.
On ne peut pas ordonner à quelqu’un d’avoir envie. Et on ne peut pas davantage s’ordonner à soi-même de désirer.
Pour retrouver du désir dans son couple, il faut parfois commencer par arrêter de vouloir absolument produire du désir.
Le désir n’arrive pas toujours avant l’excitation
Nous avons souvent une représentation très spontanée du désir sexuel :
« J’ai envie, donc je vais vers mon partenaire. »
Ce fonctionnement existe.
Mais ce n’est pas le seul.
Chez certaines personnes, le désir peut également apparaître en réponse à une situation agréable.
Au départ, elles n’avaient pas spécialement envie d’avoir une relation sexuelle.
Puis elles se retrouvent dans un contexte favorable : elles se sentent détendues, proches de leur partenaire, commencent à s’embrasser, à se toucher ou à partager des sensations agréables.
L’excitation apparaît progressivement.
Et l’envie peut suivre.
On parle alors notamment de désir réactif.
Cette distinction est importante, car certaines personnes pensent avoir « perdu leur libido » simplement parce qu’elles attendent de ressentir une envie sexuelle spontanée avant d’autoriser quoi que ce soit à commencer.
L’idée n’est évidemment pas de se forcer.
Il existe une différence fondamentale entre accepter d’explorer une proximité lorsque l’on est disponible et curieux de voir si l’envie apparaît, et accepter un rapport que l’on ne souhaite pas.
Comment retrouver le désir dans son couple ?
Il n’existe malheureusement pas de bouton permettant de rallumer instantanément la libido.
Mais plusieurs pistes peuvent permettre de créer un environnement plus favorable au désir.
1. Arrêter de comparer sa sexualité actuelle à celle du début
Votre relation a changé.
Vous aussi.
Vos corps, vos responsabilités, votre quotidien, vos expériences et peut-être même vos envies ont évolué.
Demander à votre sexualité actuelle de ressembler exactement à celle que vous aviez cinq, dix ou vingt ans auparavant revient à ignorer tout ce qui s’est passé depuis.
Une question peut être beaucoup plus intéressante :
« De quelle sexualité avons-nous envie aujourd’hui ? »
2. Identifier ce qui favorise et ce qui freine votre désir
Nous cherchons souvent ce qui pourrait « donner envie ».
Mais il est tout aussi important d’identifier ce qui empêche l’envie d’apparaître.
Fatigue ?
Stress ?
Manque d’intimité ?
Conflits dans le couple ?
Image corporelle difficile ?
Peur de devoir aller jusqu’au rapport sexuel ?Douleurs ?
Sexualité devenue trop répétitive ?
Manque de plaisir ?
Le problème n’est pas toujours l’absence d’un accélérateur.
Il peut aussi être un frein sur lequel on appuie en permanence.
3. Retrouver du toucher sans objectif sexuel
Se toucher uniquement lorsqu’on souhaite avoir une relation sexuelle peut progressivement donner une fonction très précise aux gestes d’affection.
Il peut être intéressant de retrouver des contacts physiques qui ne doivent mener nulle part.
S’embrasser.
Se masser.
Se caresser.
Dormir l’un contre l’autre.
Prendre une douche ensemble.
Partager un moment de proximité sans que la pénétration ou l’orgasme ne deviennent automatiquement l’objectif final.
Cela permet parfois de retrouver une forme de sécurité corporelle et de plaisir partagé sans pression de performance.
4. Remettre de la curiosité dans la sexualité
Après plusieurs années ensemble, nous pouvons finir par croire que nous connaissons parfaitement la sexualité de notre partenaire.
Pourtant, les envies évoluent.
Ce qui nous plaisait à 25 ans n’est pas nécessairement ce qui nous plaît à 35, 45 ou 60 ans.
Il peut donc être intéressant de recommencer à poser des questions.
Qu’est-ce qui te plaît aujourd’hui ?
Qu’aimerais-tu essayer ?
Qu’est-ce qui ne te convient plus ?
Qu’est-ce qui pourrait te donner envie ?
Y a-t-il quelque chose que tu aimerais vivre mais que tu n’as jamais osé proposer ?
Retrouver du désir passe parfois par le fait de redevenir curieux de quelqu’un que l’on pensait connaître par cœur.
5. Recréer de l’espace individuel
Cela peut sembler paradoxal, mais être constamment ensemble ne nourrit pas forcément le désir.
Pour désirer quelqu’un, il faut parfois pouvoir ressentir son absence.
Avoir ses propres activités, ses espaces, ses relations sociales et ses projets permet également de continuer à exister en tant qu’individu.
Votre partenaire n’est alors plus uniquement « celui ou celle avec qui je partage mon quotidien ».
Il ou elle redevient aussi une personne distincte, que vous pouvez regarder, découvrir et parfois admirer.
6. Sortir du scénario sexuel habituel
Si chaque relation sexuelle suit exactement la même séquence, le cerveau sait déjà ce qui va arriver.
La nouveauté ne signifie pas nécessairement multiplier les pratiques spectaculaires.
Changer de contexte, ralentir, consacrer un moment uniquement aux caresses, explorer les sensations, modifier l’initiative ou simplement décider qu’il n’y aura pas de pénétration peut déjà transformer profondément l’expérience.
Le but n’est pas de faire « plus ».
Il peut être de faire autrement.
Et si les partenaires n’ont pas le même niveau de désir ?
Les différences de désir sont extrêmement fréquentes dans les couples.
Le problème n’est donc pas nécessairement que l’un ait davantage envie que l’autre.
La difficulté apparaît surtout lorsque cette différence devient source de pression, de culpabilité, de rejet ou de conflit.
Celui qui souhaite davantage de sexualité peut se sentir indésirable.
Celui qui en souhaite moins peut se sentir constamment sollicité.
Et chacun finit parfois par interpréter le comportement de l’autre à travers sa propre souffrance.
L’objectif n’est alors pas nécessairement de déterminer qui possède la « bonne » libido.
Il s’agit plutôt de comprendre comment chacun fonctionne et de trouver un espace dans lequel les besoins, les limites et les frustrations peuvent être exprimés sans transformer la sexualité en rapport de force.
Peut-on finalement retrouver le désir comme au premier jour ?
Peut-être que la véritable réponse est : pas exactement.
Et ce n’est pas forcément une mauvaise nouvelle.
Le désir des débuts appartient à une période particulière de votre histoire.
Vous découvriez l’autre.
Aujourd’hui, vous partagez peut-être des années de souvenirs, d’expériences, de difficultés surmontées, de transformations et d’intimité.
Chercher constamment à reproduire le début peut empêcher de découvrir ce que votre sexualité pourrait devenir maintenant.
L’objectif n’est donc pas nécessairement de retrouver l’ancien désir.
Il peut être de construire le suivant.
Un désir moins dépendant de la nouveauté.
Plus conscient de vos fonctionnements.
Plus capable de communiquer.
Plus libre d'évoluer.
Et parfois beaucoup plus riche que celui des premiers mois.
Quand consulter pour une baisse de désir ?
Une fluctuation du désir n’est pas automatiquement un problème à traiter.
Il existe des périodes pendant lesquelles la sexualité prend naturellement moins de place.
En revanche, lorsque la situation provoque une souffrance personnelle ou conjugale, dure dans le temps, entraîne des conflits répétés ou conduit l’un des partenaires à se forcer, il peut être utile de se faire accompagner.
Une baisse importante ou brutale du désir peut également justifier d’en parler à un professionnel de santé afin d’écarter certaines causes médicales, hormonales ou médicamenteuses.
En sexothérapie, l’objectif n’est pas de vous imposer une fréquence de rapports considérée comme « normale ».
Il s’agit de comprendre votre désir, ce qui le nourrit, ce qui le freine et la place que vous souhaitez réellement donner à la sexualité dans votre vie ou dans votre couple.
Et si vous commenciez simplement par explorer votre désir ?
Avant de chercher à « réparer » votre libido, essayez de vous poser quelques questions:
Qu’est-ce qui me donne envie aujourd’hui ?
Qu’est-ce qui coupe mon désir ?
Dans quelles situations est-ce que je me sens le plus disponible sexuellement ?
Est-ce que la sexualité que je vis actuellement correspond réellement à celle dont j’ai envie ?
Qu’est-ce que j’aimerais pouvoir dire ou demander à mon ou ma partenaire ?
Ces réponses peuvent déjà changer la manière dont vous regardez votre désir, parce que le désir sexuel n’est pas nécessairement quelque chose que l’on possède ou que l’on perd.
C’est aussi quelque chose qui se construit, se transforme et se nourrit.
Le Cercle des Liens a été créé pour vous permettre d’explorer votre sexualité et votre relation autrement : comprendre votre fonctionnement, mettre des mots sur vos envies, améliorer la communication dans le couple et accéder à des ressources et exercices concrets autour de l’intimité.
Vous pouvez également vous faire accompagner individuellement ou en couple lorsqu’une difficulté sexuelle ou relationnelle devient source de souffrance.
Le but n’est pas de retrouver la sexualité que vous « devriez » avoir.
C’est de construire celle qui vous correspond.